fleche

Fragile Vivant | Edito 2020

Quelles leçons l’art peut tirer de cette crise ? C’est la première question à laquelle la marche du monde nous enjoint à répondre. C’est celle que j’ai posée à Rodrigo García début mai 2020, et dont le texte inédit, radical, écrit pour vous, ouvre cette saison.

Je ne voulais pas commencer par une leçon de morale, une posture qui donne des leçons. Pas dans la situation que nous traversons, l’investissement des femmes et des hommes qui nous ont permis de tenir. Pas avec ce surplomb qui prétend donner du sens au travail des autres. Je voulais commencer par un geste d’écrivain, une humble contribution faite avec les mots comme d’autres font avec les mains. Un poème sur une paire de gants.

VOIR LE POÈME DE RODRIGO GARCIA

Et face à la leçon, si nous disions simplement non ? L’art ne SERT à rien. N’est asservi à rien. N’est assigné à rien. Pas même une identité (c’est plus trouble, disait Rimbaud). Ce chemin de l’autonomie de l’art a été long, fruit de batailles séculaires, et la mission de service public qui garantit cette liberté – et dont la France demeure le modèle – reste aujourd’hui menacée par de multiples assignations et résurgences idéologiques.

Nous aimons au contraire les artistes pour révéler nos asservissements volontaires. Nous montrer le chemin de l’émancipation.

La création est l’exercice de la plus grande liberté. De la plus grande attention. Et c’est justement pour cela qu’elle peut de grandes choses.

Le pôle européen de création, lancé à Valenciennes en 2016, défend cette belle idée de pouvoir permettre aux artistes, confirmés ou en devenir, d’ici et d’ailleurs, de pouvoir faire naître leurs œuvres dans la capitale de nos cœurs, jadis l’Athènes du Nord.

Pour répondre au mieux à l’incertitude de l’évolution des mois à venir, tout en essayant de projeter notre activité, nous vous proposons une saison exceptionnellement articulée en deux parties, de septembre à décembre 2020, puis de janvier à juin 2021.

Notre quotidien de passeurs, au service des artistes, consiste à vous permettre de découvrir leurs démarches. Nous veillerons à ce que vous soyez accueillis dans les meilleures conditions, avec l’expertise du Centre Hospitalier de Valenciennes qui nous a gentiment accompagnés pour imaginer les bonnes mesures.

Nous approfondissons aussi notre mission de développement durable, en articulant création internationale et enracinement local, à la recherche de nouvelles alliances fabuleuses – avec la santé, le social, l’emploi, l’éducation, la vie associative, le sport, la nature, l’économie… – qui font la marque inventive du projet du phénix. Transversalité et territorialisation.

Réinventer la proximité face à la distanciation, c’est également renforcer fortement la circulation hors-les-murs avec des projets mobiles à destination de ceux qui ne pourront pas bouger, ainsi que les résidences d’artistes accompagnées par les partenaires publics au plus proche des habitants.

Nous avons hâte de vous retrouver, car ce virus est l’exact contraire de ce dont nous prenons soin avec vous : être ensemble et bien vivants.

Romaric Daurier, directeur, et toute l’équipe du phénix

  • partagez :